Retour à MacP3 Autres numéros MagP3 ⋅ La Tribune de la Sagasphère ⋅ Été 2008, n°3

 

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La Tribune de la Sagasphère

Tribune

Un désir d'ouverture amène-t-il des contraintes ?

Le forum Netophonix est décidément un espace propice à de passionnantes discussions ouvertes. Un débat a été lancé en Mai, posant des questions de fonds sur l’avenir de la Sagasphère, et plus particulièrement les risques que pourrait apporter cet avenir. Les problèmes d’une éventuelle protection des mineurs, de l’opinion future du grand public ou encore de l’utilisation de la Sagasphère pour un but lucratif ont ainsi été évoqués...

Tout d’abord, un point intéressant de ce débat est qu’il demandait aux participants de décrire la Sagasphère dans son état actuel. Cela a permis de croiser de nombreux avis différents, approchant d’une définition collective de la communauté, pour extrapoler ensuite sur son avenir probable.

Ce qui apparaît comme établi, c’est que la Sagasphère est une communauté soudée autour d’une même passion, peu connue et composée de jeunes internautes de 15 à 25 ans, pour la plupart. Certains, comme Gerick, la voient comme quelque chose de nouveau et d’expérimental, la comparant aux débuts des Jeux de Rôle. D’autres, tel Schnouk, observent que la Sagasphère sert parfois de « déversoir à délires », ceci dû au fait qu’il est relativement facile de produire quelque chose, comparé à la vidéo ou à la musique, par exemple. Cependant, il est également observé que le format audio est un support indispensable à certaines œuvres, qui n’auraient pas pu être créées sous un autre format. Cette idée est reprise par Buxley qui soutient que les sagas MP3 sont un moyen d’expression à part entière. Blast, quant à lui, parle d’une communauté hétéroclite et plutôt bien vue des adultes où « chacun peut poser sa pierre » pour contribuer à l’édifice sagasphérique. Néanmoins, Johnny met en avant le fait que les sagas peu connues sont souvent écrasées involontairement par les créations plus célèbres, qui s’accaparent la majorité des auditeurs.

L’autre aspect intéressant du débat est qu’il posait la question des risques futurs, des problèmes ou personnes qui pourraient nuire dans l’avenir à la Sagasphère. Sur ce point, les avis divergent.

Tout d’abord, il y a ceux qui pensent que la Sagasphère n’a rien à craindre, et ne court aucun risque à courte et moyenne échéance, c'est-à-dire dans les années à venir. Une phrase de Schnouk résume parfaitement cette thèse : « Notre seul ennemi, c’est notre manque de créativité. ». D’autres, comme Signez, soutiennent qu’il serait même nuisible à la Sagasphère de vouloir créer des précautions alors que les dangers sont très minimes : « Créer des moyens de protections dès maintenant, c'est garantir l'échec de son développement ».

Il y a ensuite ceux qui ne nient pas l’existence de risques, mais qui pensent qu’il est inutile d’agir (Johnny : « la Sagasphère se protègera elle-même »), ou qu’il est tout simplement impossible de prendre des mesures efficaces, la communauté étant bien trop ouverte et dispersée.

Cependant, certains participants envisagent des problèmes et des solutions précises et concrètes. Aspic évoque ainsi les problèmes légaux que peut poser l’utilisation de musiques sous licences. A ce sujet, Blast ne voit qu’une seule solution, qui a le mérite d’être efficace : n’utiliser que des créations libres de droit. Spikly, quant à lui, soutient la création d’une association afin que les créateurs puissent se protéger, maisBlast fait remarquer que ce projet poserait d’énormes problèmes d’organisation et de financement, avec des membres dispersés dans les pays francophones. Il prend pour exemple la communauté en ligne Audiofanzine, qui peine à créer un évènement d’envergure malgré une base de 100 000 membres. La meilleure solution semble alors de protéger ses œuvres via la SACEM ou tout autre organisme à but similaire.

Spikly pose également le problème de la protection des mineurs, s’inquiétant du contenu de certaines sagas parfois explicite et violent qui pourrait, selon lui, choquer les jeunes auditeurs. Il propose donc aux créateurs concernés d’installer un avertissement sur leur site, dans un fichier texte accompagnant leurs épisodes, ou, en dernier recours, une mise en garde sonore en début d’épisode. Ces précautions seraient destinées à protéger les mineurs, mais aussi les créateurs qui ne seraient ainsi pas responsables en cas de problème. Ce à quoi il est répondu que ce sont les parents qui doivent être vigilants, et que le risque est de toute façon très minime : le titre des sagas et les sites web des créateurs sont en général assez représentatifs du contenu des créations. De plus, le risque est encore amoindri par le fait que la Sagasphère est peu connue du grand public.

C’est justement là une autre orientation du débat, qui rejoint le sujet de la Tribune du MagP3 n°1 : certains participants, comme Spikly, craignent que la Sagasphère soit mal vue du grand public, et qu’il y ait confusion entre communauté et secte. Cependant, Blast fait remarquer que les créations Sagasphériques sont gratuites par essence, ce qui est l’antithèse d’une secte. Dychollin, quant à lui, démontre que la Sagasphère n’est pas destinée au grand public en se basant sur le fait que ce qui est destiné au grand public est un produit commercial. Enfin, Buxley pense que le moyen d’expression que sont les Sagas MP3 peut être utilisé par tous, pour le pire comme pour le meilleur. Il préconise donc de rester « méfiant et solidaire » à l’approche d’un danger.

Quoi qu’il en soit, l’opinion générale qui ressort de ce débat est que la Sagasphère est encore trop peu connue du grand public, et qu’il est donc un peu trop tôt pour essayer de trouver des parades à des risques pratiquement inexistants.


Sim', Tribunologue

À propos : Pour une meilleure objectivité, cet article a été écrit par Simontheb en collaboration avec Blast.

Voir aussi : le sujet original sur le forum Netophonix.

Information complémentaire : De nouveaux éléments concernant la protection des mineurs sur Internet sont apparus en Juin. Il semble que le gouvernement veuille renforcer le contrôle et le filtrage du web, comme développé sur cet article de PCINpact. En conséquence, il est possible que le type d'avertissement évoqué dans le débat devienne obligatoire dans un délai plus court que prévu. Toutefois, cela ne concernera peut-être pas directement la Sagasphère.