Retour à MacP3 Autres numéros MagP3 ⋅ La Tribune de la Sagasphère ⋅ Hiver 2016 , n°25

 

MacP3

La Tribune de la Sagasphère

Zoom sur... Tasheman

Présentation de la saga

Tasheman

Faire une parodie, c’est assez simple. Il suffit de reprendre les scènes favorites des spectateurs, et pour peu qu’on y ajoute un peu de gros mots et de mauvais goût, vous êtes sûrs de faire un triomphe sur le net. Et puis il y a quelques farfelus qui prennent des risques et décident allègrement de faire exploser les barrières du récit d’origine pour le réinterpréter à leur sauce. Tasheman, ô joie, fait partie de la seconde catégorie.

Tasheman, créée par Kradukman, c’est sans doute la seule parodie de Star Wars de l’Univers qui ne commence pas il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine. Rien, jusqu’au titre, ou le fait que les mots « Jedi », « Force » ou « Obi-Wan Kenobi » ne soient pas prononcés une fois dans le premier épisode, ne pourrait nous laisser penser qu’on écoute une parodie de la saga de George Lucas. Au lieu des vaisseaux spatiaux et des sabres lasers, nous découvrons (en lieu et place de Luke) un apprenti super-héros en collant du nom de Mike Powel, alias Tasheman, qui possède l’étonnante capacité d’entendre les plaintes des dépressifs à des kilomètres à la ronde. Ça parle de suicide, d’ex-actrice porno et d’enclume en or, puis survient le Gamer. Et alors que Mike était en pleine crise existentielle, il se voit entraîné dans un match entre deux entités d’une autre dimension se déroulant dans le monde de… Star Wars, nous y voilà enfin ! À partir de cet instant, notre héros va devoir influer sur les évènements des films afin de remplir les objectifs confiés par le Gamer : renverser l’Empire, Luke doit survivre.

Critique de la saga

Tasheman est un véritable OVNI sagasphérique, et on est généralement peu satisfait quand on tente de la résumer en quelques mots sans trop en dire (le paragraphe précédent en est un exemple frappant). Cette saga fourmille de trouvailles et donne un souffle d’air frais dans le genre de la parodie. On s’éloigne enfin des ressorts habituels, avec un coup de maquillage simpliste sur les personnalités (du genre qui transforme le héros droit et fier en looser pleurnichard et les personnages féminins en nymphomanes écervelées) et une relecture burlesque des moments cultes. Kradukman réinvente l’histoire à sa sauce de fond en comble et y apporte une foule de nouvelles raisons de rire, non seulement des situations cocasses dans lesquelles Mike se fourre mais aussi grâce à des dialogues remplis de répliques irrésistibles typiques de son humour acide et pince-sans-rire. Cette réinterprétation des films en LAN party interdimensionelle donne tout son sel de cette saga sans équivalent.

Scénario

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Cette idée de faire de Star Wars un scénario de jeu en ligne est proprement géniale et cette fraîcheur la rend extrêmement agréable à écouter. Mike, avec son pouvoir insolite, constitue également une trouvaille aussi invraisemblable que brillante. D'une part, cela fournit (encore) de nouveaux outils de relecture du monde de Star Wars (les stormtroopers dépressifs, j’adore !) et d’autre part, cela apporte une profondeur au personnage, lui-même un peu looser et peu sûr de lui, ce qui le rend définitivement attachant, tout en nous donnant l’occasion de nous gausser d’un humour aussi noir que l’armure de Dark Vador. Car c’est drôle. Mais alors très drôle. Que ce soit absurde, sarcastique ou simplement gaguesque, l’humour fait toujours mouche et tombe au bon moment, battant la mesure de cette saga au rythme endiablé.

Jeu d'acteur

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Le Mike Powell de Kradukman est excellent, il passe par une belle palette d’émotions, même si on le préfère dans son rôle de mec un peu perdu, désabusé, mais jamais à court d’un bon mot pour souligner le caractère impossible des situations dans lesquelles il se trouve. En tant que personnage principal, c’est grâce à son énergie que la saga présente un tempo si dynamique. Bien que leur fond soit moins fouillés, Dark Vador et ses stormtroopers sont aussi très réussis. Les autres acteurs ne sont pas en reste, mention spéciale à Javeldose qui incarne un Han Solo tout à fait dans le ton qui sied au personnage. Cependant, je dois tout de même émettre une petite réserve sur la prestation de mon cher et estimé confrère Blast. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’un Obi-Wan un peu plus dynamique aurait permis à la saga d’obtenir la note maximale. (Ndlr : pour rappel, les enregistrements des premiers épisodes datent de 2007 !)

Réalisation

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Celles et ceux qui suivent l’actualité liée à Kradukman savent qu’il s’intéresse depuis longtemps aux questions portant sur le son ; on ne s’étonnera donc pas que la qualité technique soit au top. Premier point positif, lorsqu’on réalise une parodie de Star Wars, on peut aller piocher dans le répertoire de John Williams pour la musique, qui est magistrale, quelle que soit l’utilisation qu’on en fait. La saga parvient également parfaitement à gérer ses ambiances, les laisser s’installer au moyen de dialogues bien dosés, tout en évitant toute longueur et baisse du rythme. La qualité d’enregistrement n’est pas en reste, pas de pops ou de bruits parasites qui viendraient casser l’immersion. Tasheman offre aussi quelques petites séquences de combat bien mise en scène, toute en subtilité, sans en faire trop dans le registre des explosions et des râles d’agonie.

Vous savez que le crédo de MagP3 est d’essayer de mettre en avant les idées un peu originales, les créations qui sortent des sentiers battus et qui prennent des initiatives. Cela n’a jamais été si vrai dans le cas de Tasheman, d’autant que cette saga est accessible pour les fans de la première heure comme pour celles et ceux n’ayant pas de connaissances approfondies du monde imaginé par George Lucas. Mais avec l’aide de la Force, qui aurait pu en douter ?

Xzimnut

Avis de la rédaction

MimiRyudo : ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile0::
Une saga de 2007 avec un synopsis qui parle du Gamer et de super-pouvoirs qui permettent d'entendre les dépressifs : à 15 kilomètres ça sent les clichés et l'humour lourdingue... eh bien, pas du tout ! L'histoire est déjantée, l'humour passe très bien — chaque épisode a son petit lot de blagues qui fonctionnent. Les répliques datant de 2007, le jeu d'acteur n'est pas tel qu'il pourrait être, mais il y a prescription ; par ailleurs, le mixage de Kradukman sait mettre l'ensemble en valeur. Finalement, le tout se suit très bien et chaque fin d'épisodes donne envie de poursuivre ! Une très bonne surprise.