Retour à MacP3 Autres numéros MagP3 ⋅ La Tribune de la Sagasphère ⋅ Décembre 2014 , n°23

 

MacP3

La Tribune de la Sagasphère

Zoom sur... Le Camping Infernal

Le Camping Infernal

Présentation de la saga

Coup de maître ou nanar ? Chef d'œuvre ou navet ? La réponse n'est sans doute pas aussi tranchée, néanmoins cette création, comme beaucoup dans le travail de CricOfWar, suscite des réactions partagées. Le Camping Infernal occupe cependant une place bien particulière dans son palmarès sagasphèrique, puisqu'elle est encore à ce jour son œuvre la plus populaire (et même l'une des sagas les plus plébiscitées d'une manière générale) et surtout la première d'une série de quatre centrée sur la parodie de film d'horreur.
En effet, cette saga se moque allègrement du schéma de construction classique des teen movies mettant en scène des ados se confrontant inconsciemment à un phénomène surnaturel.
Ici, trois amis (Chris la tête brûlée, Martin le sarcastique et Benjamin François Charles-Henri Xavier dit « Benji » le froussard) décident de passer leurs vacances d'été dans une forêt à la sulfureuse réputation afin d'essayer d'en élucider les mystères, bien qu'ils n'y croient pas vraiment eux-mêmes. Mais dès leur première nuit, des créatures maléfiques vont attaquer leur campement. Cette attaque sera le déclencheur d'une série d'aventures toutes plus rocambolesques les unes que les autres...
Si l'idée de départ peut sembler familière aux amateurs de films d'épouvante dans la lignée du Projet Blair Witch, CricOfWar y apporte sa patte, en tournant en dérision les codes du genre, avec un langage fleuri mais jamais (trop) vulgaire, des situations absurdes et des personnages hauts en couleur en passe de devenir cultes.

Critique de la saga

Quitte à tomber dans le subjectif et le langage imagé, je dirais que Le Camping Infernal est l'exemple typique de saga à écouter l'été, lorsqu'il fait trop chaud pour faire quoi que ce soit, qu'on n'a pas les moyens d'aller se rafraîchir à la mer et qu'on a juste assez d'énergie pour lézarder à l'ombre. Ce genre d'histoire qu'on voit partir dans un délire en levant un sourcil d'étonnement, puis en se disant « après tout, pourquoi pas ? » quand on réalise combien c'est bon. Drôle et inventif, le scénario a tout pour plaire et sait se renouveler continuellement, même si l'auteur répète le schéma « les méchants conçoivent un plan machiavélique - les gentils combattent la menace - les gentils rentrent au campement en s'autocongratulant - les méchants enragent et conçoivent un nouveau plan encore plus machiavéliquement machiavélique » ; finalement, à travers ce schéma, la saga s'apparente à une série avec des épisodes indépendants. Néanmoins, l'histoire possède un fil directeur précis qu'on se plaît à suivre, et lorsque vient l'apothéose, l'auditeur constate qu'il s'est finalement facilement pris au jeu de cette aventure sans queue ni tête, mais tellement agréable !

Scénario : ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile12:: ::etoile0::

Le Camping Infernal se distingue clairement par son scénario atypique dans le milieu de la sagasphère, même s'il emprunte beaucoup d'éléments cinématographiques. On navigue entre séquences purement humoristiques, parodie de films d'horreur, mais aussi des scènes plus héroïques où on se bat à coup de poings, de branches, de fusils à pompe voire de gigantesques robots ! Les dialogues sont très drôles, deviennent de plus en plus sarcastiques au fil de l'histoire et alternent entre l'épique (quand il s'agit de combattre les menaces de la forêt) et le plus détendu (lorsque les ados discutent entre eux). Ce dernier point explique que le niveau de conversation vole parfois au ras des pâquerettes, mais cela représente une très faible fraction de l'ensemble du texte, qui reste un délice à écouter. Les personnages sont tous très attachants (même les méchants, c'est dire !) ; c'est la répétition du schéma évoquée précédemment qui empêche le Camping Infernal d'obtenir la note maximale.

Jeu d'acteur : ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile0::

Le Camping Infernal étant une saga comique, le panel d'émotion développé n'est pas exceptionnellement divers. Néanmoins, il y a un niveau de jeu tout à fait remarquable. On peut entendre ça et là de petits défauts lorsqu'il s'agit d'élever la voix (c'est le problème quand on enregistre à la maison et pas dans un vrai studio). Les personnages ont tous leur identité sonore propre, pas de risque de confusion.
Enfin, une remarque redondante à propos des productions de CricOfWar, qui n'est pas nécessairement négative, mais qu'il faut cependant souligner : ses intonations parfois très similaires à celle de PenOfChaos (le papa du Donjon de Naheulbeuk). Et alors que c'est généralement le Nain qui fait des émules chez d'autres créateurs influençables, ici cela rappelle plutôt le Ranger, jusque dans des répliques aussi simples qu'un « et alors ? ».

Réalisation : ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile0:: ::etoile0::

Une forêt, un château, un village : le Camping Infernal nous promènent dans des milieux assez divers d'une manière plutôt convaincante sans pour autant nous éblouir par sa sophistication. La saga présente quelques défauts typiques des premières créations (c'est pas facile de mettre en scène des combats au fusil réalistes quand on utilise un seul bruitage d'arme à feu). Néanmoins, la mise en scène est dynamique et contribue au succès de l'aspect humoristique de la saga. CricOfWar fait également un usage habile des musiques pour façonner les différentes ambiances, introduisant d'ailleurs certaines d'entre elles qu'il reprendra dans ses prochaines créations.

Même s'il a évolué le plan technique et artistique d'année en année, Le Camping Infernal reste incontournable du travail sagasphèrique de CricOfWar, d'une part parce qu'elle met en place des thématiques qui lui seront chères plus tard, d'autre part car ses quelques défauts sont largement compensés par le fun qui se dégage de cette saga sans prise de tête. Elle constitue indéniablement une réussite très agréable à écouter... peut-être parce qu'elle fera écho à ces rêves adolescents de grandes aventures que nous gardons tous en nous.

Xzimnut

Avis de la rédaction

Kak Miortvi Pengvin : ::etoile:: ::etoile:: ::etoile12:: ::etoile0:: ::etoile0::
CricOfWar n'est peut être pas le créateur dont je vous recommanderai les créations le plus chaudement. Cela dit, même avec son inspiration assez fanghienne, il a un univers bien à lui qui pourrait vous convaincre dans ce Camping Infernal.

MimiRyudo : ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile12:: ::etoile0::
Cette saga connait quelques défauts : blagues faciles, scénario qui évolue de façon répétitive, fin un peu précipitée, personnages aux voix ressemblantes, saturations... De plus, Le Camping Infernal est largement inspiré du Donjon de Naheulbeuk et la confrontation est toujours difficile. Peu importe ! Cette saga fait partie de celles qu'il faut avoir entendues. Avec le Camping infernal, CricOfWar s'est révélé en temps que créateur délirant mais sérieux (une première saga menée à terme dans des délais courts !), a bâti et diverti sa propre communauté, a inventé l'un des premiers slasher mp3 et a créé avec un plaisir certain et communicatif. Le résultat est là : l'écoute reste effectivement plaisante plusieurs années après. Comme le soulignait Xzimnut, l'été se prête bien à découvrir cette saga... Ca tombe bien, les beaux jours sont là1, et nous sommes nombreux à avoir une culture sagasphérique à compléter !

Misterfox : ::etoile:: ::etoile:: ::etoile0:: ::etoile0:: ::etoile0::
La première saga de CricOfWar contient pas mal d'éléments typiques des premières sagas mp3 : des personnages caricaturaux, des dialogues régulièrement vulgaires (l'assumer ne les rend pas moins vulgaires), des gags qui tombent à plat et des références fortement appuyées. Certes, l'univers est bien construit et cohérent, et la qualité sonore n'est pas mauvaise (pour une première saga), mais ce n'est pas suffisant pour que je la recommande.

1 Cet article a été écrit au cours de l'été. Evidemment aujourd'hui il fait un peu plus frais. Ceci dit, rien ne vaut une belle matinée d'ensoleillée et fraiche d'hiver, qui est une saison magnifique. Ceci est un parti pris du directeur de publication et n'engage aucunement l'opinion ni la responsabilité de MagP3 et MacP3.