Retour à MacP3 Autres numéros MagP3 ⋅ La Tribune de la Sagasphère ⋅ Juillet 2014 , n°22

 

MacP3

La Tribune de la Sagasphère

Découverte : Désamorce

Désamorce

Désamorce est la quatrième œuvre publiée sur Netophonix par David Uystpruyst. Elle a été présentée par l’auteur comme une « histoire courte et bavarde », prévue initialement pour le calendrier de l’avent.mp3 de 2009 (avant d’apprendre qu’il y avait une thématique à respecter !) Bien qu’il ne s’agisse que d’un mono de 3 minutes 40, nous avons décidé d’en parler dans ce numéro, afin d’être exhaustif dans notre présentation, et de faire (re)découvrir de cette petite capsule amusante, disponible sur le site de l’auteur (et pas (encore ?) sur Audiodramax).

Si David avait su nous convaincre par un humour de « jeux de mots » avec ses Explorateurs de l’improbable, c’est cette fois dans un comique de situation que baigne ce mono. Désamorce nous place en effet entre deux démineurs aux compétences et aux tares complémentaires.
Le jeu d’acteur et les textes sonnent juste, jusqu’au final qui nous mène à une réécoute surprenante, truffée d’indices passés inaperçus ou incompris (signe d’une chute réussie !)
La complicité entre les deux protagonistes est rapidement perçue grâce à quelques répliques bien choisies, faisant référence à des évènements antérieurs au début du mono (notamment les changements d’habitude de l’un des personnages). Comme attendu, la mise en scène est intimiste et même un peu stressante – bien que l’effet soit limité par l’humour omniprésent. Evidemment la qualité de l’ensemble est celle à laquelle David nous avait déjà habitué auparavant.

Si Désamorce n’a pas l’ambition d’autres œuvres de l’auteur, il n’en reste pas moins un mono particulièrement savoureux sur le fond et sur la forme, comme il serait plaisant d’en écouter plus souvent ! Je dis ceci sans aller jusqu’à rappeler le message de David sur Netophonix du 17 novembre 2009, à 11h41 : « les histoires courtes comme ça, c’est sympa à faire, ça me donne envie d’en réaliser d’autres ». Ce message n’est d’ailleurs pas non plus forcément à rapprocher de l’arrivée éminente de la session 2013 du calendrier de l’avent.mp31, et nous ne forçons ici la main à personne, bien évidemment.

MimiRyudo

1 Ce numéro du Mag étant sorti en retard par rapport à la date prévue, cette blague est caduque (ndlr).

Découverte : Record Amniotique

Record Amniotique

Record Amniotique est un one-shot1 MP3 réalisé en 2012 par David Uystpruyst2. Il nous propose le récit d’une performance technique dans un futur proche, avec comme conteur le pilote de l’appareil en question.

Le décor est un désert ; le lieu, un bâtiment humain. Un point lancinant dans une immensité : l’image ne s’en tiendra pas là. Un homme nous explique ce qui aura lieu. Un véhicule terrestre va dépasser le précédent record de vitesse. Il sera à son bord – car l’engin doit être habité pour que la performance ait une valeur. Il parle des préparatifs. Il parle de son attente. Nous en apprenons plus, petit à petit, notamment sur la façon dont il entre dans le bolide. Ceux qui connaissent déjà n’en ont pas douté une seconde, la réalisation est parfaite. La spatialisation rend à merveille cette impression d’ampleur et de claustrophobie tout à la fois. L’étriqué perdu dans un étranger si vaste.

(À compter d’ici, le rédacteur va vous gâcher toute surprise : amis lecteurs, écoutez d’abord l’œuvre, sauf si vous n’aviez aucune intention de l’écouter et cherchez une raison.)

Si je réduisais le scénario au très mince fil du record, ce serait bien mesquin de ma part. Permettez que je déblatère un peu.

L’oreille de l’auditeur a beau se charmer de la voix douce du narrateur, il finit par ressentir de la solitude. Le personnage n’a pour compagnon qu’une collègue aussi humaine qu’un caillou. Peu importe ce qu’il va accomplir. Le désert s’en cogne. La base de départ est petite, la piste mince. Son record sera peut-être battu d’ici deux ans. Les détails techniques abondent, comment le pilote pourrait-il ne pas en être fier ? Pourtant, tout le montre, tout le transpire : l’effort est vain.
La vitesse qu’il va atteindre n’est envisageable qu’avec un véhicule moulé d’une seule pièce. Tant et si bien qu’il ne comporte pas de porte, et que son seul accès est la téléportation. Qu'est-ce qu’une civilisation maîtrisant la téléportation peut en avoir à cogner d’un record de vitesse ? N’allons pas trop vite en besogne : ce mode de déplacement contient, lui aussi, ses inconvénients. Il nécessite une nudité parfaite, et l’immersion dans un étrange liquide auquel le titre ne peut que faire allusion3. Des désagréments imprévus peuvent se produire, le narrateur en évoque certains. De fait, la contrainte est si élevée que cette vitesse extrême ne sera pas applicable. La performance est vaine. Elle ne vise qu’à atteindre un chiffre légèrement supérieur, ou pour parler bêtement, à montrer que les ingénieurs pouvaient le faire.
Mais est-elle suivie d’un public, retransmise ? Existe-t-il un engouement à son égard ? La vitesse, la puissance pures, sont-elles devenues artistiques ? (Je dirais « sportives » si nous avions entendu parler d’un concurrent). Alors peut-être n’est-elle pas tout à fait inutile, appartient-elle à cet élan désespéré vers les limites ressemblant à des lois. Tout un personnel l’a désirée, préparée, peaufinée. Elle aura lieu, et, pour une poignée de secondes, elle sera importante. Quoi que n’en pense pas le désert.

Pourtant, il punira cette arrogance. C’est peut-être le plus grand paradoxe de l’histoire : le pilote, l’homme qui a atteint cette vitesse record, connaîtra un destin funeste. Même si ce n’est qu’une blague de technique et d’humains, dont l’univers et le désert se foutent, “quelque chose” viendra plaquer sur le récit la morale que la technologie est dangereuse ; qu’elle contreviendrait à des lois. Non dans le sens où les enfreindre serait impossible, mais dans celui où les ignorer donnerait lieu à une condamnation. Celle-ci est sans appel : c’est la mutilation puis la mort. Pour ce que l’on en sait, la sentence a été exécutée par le désert, qui cachait bien son jeu ou a changé d’avis.
Ce revirement cache peut-être l’espoir que le record ne soit pas vain. Que ce déploiement d’énergie ait un impact. Que l’univers en ait quelque chose à battre, même si c’est pour le châtier.

(Le rédacteur a fini de vous gâcher l’histoire. Ceux qui ont détourné les yeux peuvent reprendre leur lecture ici.)

Pour parler sonore plutôt que philosophie de comptoir, Record Amniotique est un bijou, un bonbon, un plaisir, une vraie immersion où la méfiance n’est pas de mise. Un de ces cas pour lesquels le critique va remplir son article et mériter son salaire en pinaillant sur un point de scénario. J’imagine que vous voyez très bien de quel genre d’affreux scribouillards je parle. Le casting est réduit par choix, bon partout, les voix belles. Je ne saurais vous vendre mieux Record Amniotique.
Et si vous voulez une réelle conclusion : le groupement Audiodramax essaye plus ou moins de créer l’équivalent de la collection Pléïade en saga MP3. Cette phrase introductive inutile pour dire que David Uystpruyst est de ces auteurs d’exception auxquels il faut avoir jeté au moins une oreille dans le cadre d’une saine audiophilie. Record Amniotique fait partie d’un tout, et je ne le recommande pas plus ni moins qu’un autre ; tout est bon dans le Uystpruyst.

1 Un one-shot est un stand-alone, mais en différent.
2 Auteur sur lequel, vous avouerez que ça tombe bien, porte notre numéro de MagP3. On ne dirait pas comme ça, mais c’est toute une organisation derrière.
3 C’est d’ailleurs le seul élément qui ramène à la naissance ; la performance, malgré le principe d’un humain tout nu qui file très vite sur la piste, n’en forme même pas une parodie.

@now@n