Retour à MacP3 Autres numéros MagP3 ⋅ La Tribune de la Sagasphère ⋅ Juillet 2014 , n°22

 

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La Tribune de la Sagasphère

Découverte : Les Explorateurs de l'improbable

Les explorateurs de l'improbable

Les explorateurs de l’improbable a été créé en 2006 par David Uystpruyst. Il s’agit d’une courte saga mp3 d’un peu plus de 20 minutes (24 minutes et 3 secondes, pour être précise) qui nous ramène à l’époque d’Indiana Jones et autres Tomb Raider. Deux explorateurs — le premier froid et calculateur, le second naïf et un peu bébête — forment une équipe disparate unie par un seul but : trouver un temple au cœur d’une forêt péruvienne afin de sauver le monde à l’aide d’une sculpture pré-inca. Plusieurs péripéties entrelacées de dialogues réflectifs avec un bon rebondissement : voilà la recette que propose David Uystpruyst dans cette saga qui pourrait bien vous surprendre.

Les épisodes assez courts (entre 1 et 5 minutes) sèment le doute quant à la qualité narrative et scénaristique de cette saga au début ; sachez que cette première impression est tout à fait erronée et ne doit pas vous détourner de l’œuvre, car elle vous ferait rater une expérience vraiment intéressante.
L’histoire est simple jusqu’au dernier épisode où un ressort scénaristique vient ajouter une part d’obscurité à un scénario qui pouvait sembler jusque-là plutôt léger. Les dialogues sont teintés d’un humour plutôt discret ; ce comique léger se marie bien avec le ton général de la pièce. Quant à la relation entre les deux personnages principaux — qui ne sont jamais nommés au cours de la saga —, elle est très bien mise en scène et ne m’a jamais semblé statique, ni caricaturale. Somme toute, le texte constitue probablement l’un des points fort de ce récit audio.

David Uystpuyst interprète les deux personnages de cette saga avec un jeu d'acteur agréable et soigné. Sans être à couper le souffle, il communique avec justesse le ton et les émotions des personnages. Comme la saga est plutôt courte, il n’y a pas réellement de changement dans le jeu. Si le jeu d'acteur vous dérange au début, il n'y aura pas d'amélioration ; si au contraire il vous plait, vous ne serez pas déçu par une régression...
D’un point de vue technique, c'est du très beau travail. Aucun bruit de fond dérangeant, pas de répliques qui se chevauchent sans que ça se soit approprié, des sons justes, ça ne sature pas. Je ne vois pas de raison de m’étendre sur le sujet plus longtemps alors je résumerai ainsi : technique = très bien.

Au total, les Explorateurs de l'Improbable est agréable et s’écoute facilement d’un seul trait — si jamais vous avez un (court) trajet à faire durant les prochaines vacances, pourquoi ne pas le consacrer à l’écoute de cette saga ?

Caroth

Découverte : Amphibroisie

Amphibroisie

Amphibroisie :: aller-simple subaquatique :: est la première œuvre "expérimentale" de David Uystpruyst, et sa seconde création après les Explorateurs de l'improbable. Il a diffusé cet audio drama sur son site en août 2007, puis sur celui du collectif Audiodramax en 2011.
Avec Amphibroisie, David a mélangé des "recherches sonores et des improvisations expérimentales" à dominante sous-marine, et les a organisées autour d'une aventure ; il a commencé par Aquarium 154 (composé pour un film étudiant), puis la musique du tunnel, avant de décider de réunir ces deux thèmes. Il a ensuite écrit "l'ascenseur sous-marin", "laboratoire MJPN", puis le début et la fin, en y ajoutant le texte. Contrairement à la quasi totalité des sagas mp3 actuelles, ce sont donc les ambiances qui ont créé l'histoire — et non l'inverse !

Lors d'une battue, un homme s'enfuit à travers un conduit d'évacuation. Nous ne connaitrons pas l'exacte raison de cette traque, ni le passé de l'homme poursuivi. Est-ce même un homme, finalement ? Peu importe. C'est à l'auditeur d'imaginer (rêver) ce qui entoure le fugitif, de se laisser guider par l'ouïe dans un dédale de lieux et d'ambiances sous-marines, que l'auteur présente comme "abstraites, planantes et hypnotiques".

Le scénario "parlé" est simple, sans concession ; la majeure partie de l'histoire entre les monologues, c'est l'auditeur qui la vit et se la crée. David teinte son jeu d'acteur d'une cruelle ironie (comme souvent dans ses œuvres) qui contraste avec l'atmosphère. Ce "héros" manque un peu de vie et il est difficile de vraiment s'y attacher. Il n'apparait que peu durant les 20 minutes d'Amphibroisie, se contentant de ponctuer chacune des sept parties distinctes : sélection artificielle, planque humide, ascenseur sous-marin, couloir, laboratoire MJPN, aquarium 154, sélection naturelle. Bien que léger, son rôle est capital pour construire l'histoire.
Le pari était risqué, mais réussi... les ambiances sont une vraie merveille ! Je parlais de scénario "parlé" plus haut ; en réalité, le vrai scénario de cet audio drama, ce sont les ambiances qui le créent. Tantôt calmes et profonds, tantôt inquiétants et oppressants, les "tableaux auditifs" présentés par David sont uniques en leur genre. Ce n'est pas un documentaire sous-marin, c'est plutôt de la science-fiction onirique et mélancolique. Ce n'est pas non plus de la musique d'ambiance d'ascenseur, c'est un support à une histoire que l'auditeur va se créer.

Amphibroisie annonçait déjà la couleur des expériences auditives de David en 2007 ; six ans plus tard, son travail méticuleux et soigné n'a pas pris une ride. Si vous ne connaissez pas cette œuvre, prenez votre temps, réservez-vous 20 minutes un de ces quatre soirs, mettez votre meilleur casque, éteignez les lumières et allez-y : profitez !

MimiRyudo