Retour à MacP3 Autres numéros MagP3 ⋅ La Tribune de la Sagasphère ⋅ Rentrée 2013 , n°21

 

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La Tribune de la Sagasphère

Zoom sur... La Relique du Mont Courroux

La Relique du Mont Courroux

Présentation de la saga

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la Relique du Mont Courroux, c’est 2 heures 50 d’écoute, en incluant les deux bonus que compte la saga, avec 19 épisodes sortis depuis bientôt 4 ans. Avec de telles statistiques, on pense avoir affaire à un poids lourd de la sagasphère, dont chaque nouvel épisode serait attendu comme le Messie, une saga que les créateurs citeraient l'œil humide lorsqu’on leur demanderait leurs sources d’inspiration, et dont les répliques les plus cultes résonneraient dans les cours d’école où de charmants bambins, émerveillés par les subtilités et les envolées lyriques de l’œuvre, déclareraient tout de go et avec une touchante naïveté « moi plus tard, je veux être Aravane » (le créateur de la Relique). Et pourtant… rien. Et même moins que rien.

Arrivé sur Netophonix en janvier 2009, Aravane se fait plutôt discret, ne venant que pour la promotion de ses épisodes et pour donner son avis sur quelques sagas méticuleusement choisies et généralement, à l’instar de sa création, assez peu médiatisées.
La Relique du Mont Courroux (ou RDMC pour les intimes) relate l’histoire d’Ernest de la Maison Vide, noble déchu pour ne pas avoir pu empêcher le vol d’une antique relique que possédait sa famille. Aidé par une bande de fiers compagnons rencontrés sur son chemin, il réalise peu à peu que ce qu'il croyait être un simple héritage est au centre de toutes les attentions des personnages les plus puissants des Terres Connues — et aussi les plus maléfiques.
A première vue, on pourrait mettre le manque de reconnaissance de la saga (11 bravos) sur le compte d'une mauvaise qualité. Mais il suffit de faire preuve d’un tout petit peu de curiosité pour s’apercevoir que l’on a manqué de passer à côté d’une expérience bien plus qu’agréable.

Critique de la saga

Le genre de l’heroic fantasy est victime de son succès : s’il est sans conteste le thème le plus fortement représenté dans les sagas mp3, fatalement, c’est dans ses rangs que l’on compte le plus de ratage complet, pour rester poli. Pour tirer leur épingle du jeu, les créateurs rigoureux n’ont que deux solutions : conserver les codes récurrents mais le faire avec le plus d’exigence possible (nous aborderons ce cas dans la critique d'Auroria Cretinum) ou les réinventer, comme c'est le cas avec La Relique du Mont Courroux. Oubliant les références aux jeux de rôle ou aux jeux vidéo, snobant les classiques querelles nano-elfiques, elle se distingue par un scénario extrêmement fouillé dont les pièces se mettent lentement en place, souvent d’une manière différente de ce que laissait penser le déroulement du récit. On saluera également le travail sur le fond (histoire, coutume, culture...) qui contribue à une sensation d’immersion sans égale dans la sagasphère.

Scénario : ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile12::

Si le début, avec la phase de recrutement, est somme toute très classique, il est vite expédié, et l’auteur peut alors donner toute sa dimension à l’histoire entourant la Relique. Car c’est sans nul doute dans son scénario que réside toute la force de cette saga.
Aravane prend un malin plaisir à nous faire partir dans une direction pour au final s’apercevoir que c’était l’autre qui était la bonne. Des éléments qui semblaient secondaires lorsqu’ils ont été introduits gagnent peu à peu en importance. En outre, nous n’assistons pas à une classique confrontation bien-ma! : plusieurs entités s’intéressent à la Relique, chacune avec ses raisons, et de petits indices glissés ici et là laissent à penser que les méchants pourraient ne pas être aussi vils qu’ils paraissent l’être, tandis que les gentils ne seraient pas animés d’aussi bonnes intentions que l’on pourrait croire...
Et comme je l’ai indiqué plus haut, l’un des réels plaisirs de cette saga est d’en apprendre toujours un peu plus sur la vie au sein des Terres Connues. Avec finesse, en prenant soin que ces insertions fassent avancer le récit, Aravane nous fait découvrir des choses apparemment anodines sur l’histoire, la culture ou les coutumes de l’univers qu’il a créé. Ces éléments ne sont pas nécessaires pour saisir toutes les clés de l’intrigue et ne font parfois office que de bonus. Cependant, elles contribuent énormément à la sensation d’immersion. Et puis il y a tout simplement ce bonheur inexplicable de mieux connaître un monde qu’on a appris à aimer, surtout quand ces bonus profitent de l’écriture subtile de leur auteur.
Néanmoins, on peut critiquer certains choix artistiques qu’on pourrait qualifier au mieux d’audacieux. Je pense à quelques dialogues assez peu naturels ou des personnages secondaires peu charismatiques. Mais c’est sans doute le pendant négatif inévitable de cette saga pour le moins atypique, et ces quelques défauts s’effacent rapidement devant toutes les qualités citées plus haut.

Jeu d'acteur : ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile12:: ::etoile0::

Le créateur l’avoue lui-même : le jeu est son talon d’Achille. Les personnages ont du caractère et les voix sont plutôt typées, mais elles manquent fortement de dynamisme, fait qui est accentué par une mise en scène poussive au début de la saga. Et si elle gagne en punch, il est nécessaire attendre l’épisode 6 pour que le jeu d’acteur atteigne un niveau moyen. Mais si l’on se concentre sur les épisodes allant du 9 au dernier en date (19 lorsque cet article a été écrit), alors cette qualité de jeu devient tout à fait acceptable.
Il faut saluer l’interprétation de personnages aux personnalités bien différentes par le même acteur qui arrive parfaitement à illustrer ces divergences. En outre, pas de bafouillage ou d’élocution approximative qui empêcherait la compréhension (c’est à mon avis le côté positif des soucis de lenteur exposés ci-dessus).

Réalisation : ::etoile:: ::etoile:: ::etoile:: ::etoile12:: ::etoile0::

Le créateur a voulu rendre sa création le plus réaliste possible. C’est pourquoi la forme peut dans certains cas être déroutante : pas de narrateur, peu de musique, au début et à la fin des épisodes et durant les transitions entre les quelques ellipses temporelles de la saga, mais qui sont peu nombreuses.
Néanmoins, le résultat est là, la sensation d’immersion dans ce monde médiéval fantastique est très réussie, autant dans les villes foisonnant d’une population bigarrée qu’au milieu des montagnes éloignées de l’effervescence citadine.
La prise de son ne souffre d'aucun pops, mais le traitement de certaines voix fait qu’elles sont parfois très légèrement étouffées : là encore, rien qui ne gêne la compréhension.
Enfin, et cela rejoint la remarque sur le jeu d’acteur, la mise en scène met un peu de temps à gagner en dynamisme. Et si ce problème est finalement corrigé, on en voit quelquefois encore quelques symptômes, par exemple au cours de certains combats à l’épée.

En conclusion, la Relique du Mont Courroux est à conseiller à tous les fans d’univers médiéval-fantastique qui auraient perdu foi en leur genre préféré, et plus généralement à tout auditeur éclairé de sagas mp3 désireux de sortir des sentiers battus.

Xzimnut

Interview

Qu'est-ce qui t'a poussé à te lancer dans cette aventure qu'est la création d'une saga mp3 ?

Au tout départ j'avais l'idée d'une saga comique, me disant que nous pouvions faire aussi drôle que le Donjon de Naheulbeuk... En vérité, les premiers épisodes de la Relique du Mont Courroux (RDMC) révèlent bien celà ; des sorties d'épisodes très rapprochées, des montages minimalistes, pas d'ambiance et des blagues minables... Un bel exemple de saga "champignon" bien que le terme ne devait pas exister il y a cinq ans. Après, la motivation vient en se lançant des défis, en imaginant ce qui va se passer et en tentant de le mettre en scène. En définitive, se faire un cinéma en audio ! (à son échelle bien sûr...)

D'où proviennent tes auditeurs et comment fais-tu la promotion de ton travail ?

En ce qui concerne la promotion... Eh bien rien de plus que quelques sites épars, surtout le forum vert. Pas de pub en IRL, sauf relations proches.

Comment se passe la création d'un épisode, de la rédaction du script à la mise en ligne ?

Dans un premier temps, j'essaie d'intégrer des musiques qui me plaisent et qui collent bien à l'action qui se déroule. Ensuite j'ajuste l'écriture pour que l'ensemble soit cohérent. La prise de voix est la partie la plus problématique ; j'enregistre la même réplique plusieurs fois et au montage je garde celle qui est la plus proche du résultat escompté. C'est vraiment la partie la plus "pénible" surtout s'il faut le refaire... Ô joie ! La partie que je préfère reste le mixage, cependant plus dure est la chute lorsqu'on constate que ce qu'on croyait être magnifique se révèle plus tard un raté monumental.

Quels sont tes projets futurs dans la sagasphère, si tu en as ?

Aucun projet à moyen terme, sauf évidemment finir la saga dans les cinq prochaines années...

Pour finir, aurais-tu des sagas que toi aussi tu voudrais mettre en lumière ?

J'apprécie un grand nombre de sagas peu connues, parmi lesquelles Erreur 404, A la recherche du Saint Truc, La guilde d'Ersoh, Soul Religion, Le lycée infernal, Le testament, Tarnirm le bâtard assoiffé et enfin une mention spéciale à Spatial 555 que tout bon auditeur devrait avoir écoutée !

Merci à Aravane pour cette interview.