Retour à MacP3 Autres numéros MagP3 ⋅ La Tribune de la Sagasphère ⋅ Mars 2010 , n°12

 

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La Tribune de la Sagasphère

Interview: Benoît Dupac, comédien de doublage

C’est dans un studio parisien que Paxel et moi-même avons fait connaissance de Benoit Dupac, comédien spécialisé dans le doublage. Après nous avoir montré son travail avec une séance de syncro d’un dessin animé pour enfants, il nous accorda un entretien sur la terrasse du studio, en jouant au Poker avec Eric Missoffe (la voix française de Scoobidoo).

Misterfox & Paxel: Et bien aujourd’hui, nous sommes avec Benoit Dupac !

Benoît Dupac: Bienvenue à vous, les gars !

On est super content de vous rencontrer !

Merci beaucoup, tu peux me tutoyer, hein. Vraiment, les mecs, on se tutoie, no problemo…

Alors Benoit, rapidement, peux tu te présenter pour les « webspectateurs » qui ne te connaissent pas ?

Hé bien, Benoit Dupac, comédien, formation un peu théâtre, machins… Et puis je me suis mis dans les voix, tout en continuant a tourner, à faire du théâtre… Là, je tourne un peu, en ce moment, pour TF1. Mais les voix, ça m’éclate, c’est un super job. Et puis on a une équipe sympa. J’adore, aussi bien les dessins animés, que les films, les séries. Et puis sinon, ma deuxième passion, vous le voyez, c’est le poker !

Est-ce que vous avez toujours voulu être comédien, où c’est venu un peu par hasard ?

Ben d’abord j’ai voulu être footballeur. Après, j’ai fait des études de droit pour être avocat. Et puis après, cours de théâtre. Et vraiment, comédien me plaisait. Et puis maintenant, la DA (Direction Artistique, NDR) me plait aussi. En même temps que je joue, je fais de la direction artistique. Je dirige aussi bien des mangas que des films, des téléfilms, des séries… Et les deux me plaisent vraiment. La direction d’acteur, elle est sympa aussi à faire. Mais au fond de moi, ouais, j’ai toujours voulu être comédien. Et je suis vraiment passé à l’acte vers mes 20 ans.

Comment êtes-vous rentré dans le milieu du doublage, qui est quand même un milieu assez fermé ?

C’est vrai, le milieu du doublage est vraiment fermé. Au départ, je suis rentré dans une boite appelée la SOFI, en 1996, avec des petits rôles, des trucs à droite à gauche. Et puis de fil en aiguille, j’ai fait mon petit bonhomme de chemin ; le bouche à oreille « Tiens, machin, il est pas mal », ton personnage reviens, etc… Y a pas de recette : la syncro, faut insister, insister… et avoir de la chance.

Comme vous l’avez dit, vous êtes maintenant « Directeur de plateau ». Qu’est ce que ça fait de passer de « dirigé » à « dirigeant » ?

Honnêtement, les deux sont sympas : Accompagner les acteurs dans une interprétation, faire les plans de travail… C’est un métier un peu a part. Mais aujourd’hui, je m’éclate vraiment dans les deux. Mais je reste vigilant pour rester aussi comédien ; je ne fais pas plus de trois jours de direction, pour rester « acteur » avant tout.

Vous arrive-t-il souvent de revoir votre travail ?

Oui, bien sûr… Et ne pas être content aussi ! Mais encore une fois : On ne peut pas tout faire, et être parfait partout. C’est important. Y a des rôles sur lesquels ont est pas bien, on arrive pas à rentrer dedans… et puis d’autres sur lesquels on est plus à l’aise : Je travaille en ce moment sur « Philadelphia », pour Canal+, et vous regarderez le rôle de Charlie… Pour moi, c’est une belle rencontre.

Vous est-il arrivé, pour les besoins d’un doublage, de chanter ?

Oui, bien sûr, pour un Disney, j’ai chanté en compagnie de Claude Lombard, grande comédienne dans le monde du doublage. Mais le nom, alors là… C’est très difficile, pour un comédien, de se souvenir de tout.

En dehors du doublage, vous faites du théâtre, de la télévision, de la publicité. Préférez-vous jouer devant un micro, devant une caméra, ou sur scène ?

Franchement... Devant une caméra, c’est très bien ; c’est super confort, on fout pas grand chose, on voit souvent du pays (là, je vais partir à Marseille, pour « Les Toqués 2 »), et puis c’est génial d’être à l’image. Le théâtre, c’est un art magnifique, mais difficile. Le doublage est formidable, c’est hyper ludique, et le tournage c’est la cerise sur le gâteau. Le théâtre, évidemment, c’est magnifique, mais les répétitions, tout ça… et c’est moins rémunérateur.

Eric Mistoffe: Benoit est très modeste, mais je l’ai vu dans un film extraordinaire, qui s’appelle « Couche toi sur le sable et fait jaillir le pétrole », passé sur Canal+ un samedi. Il était jeune, mais extraordinaire!

(Énorme crise de rires)

Benoît Dupac: Salaud ! Tu te rends compte que t’est en train de ruiner ma carrière ?

Le grand public vous connaît surtout pour avoir doublé Brian Krause dans Charmed, alias « Leo, l’être de lumière ». Comment vous a-t-on contacté pour ce rôle là ?

En fait, au départ, c'était un tout petit rôle, il avait 6-7 lignes de textes. Et cet homme là est revenu, et a fait 9 ans de série. Mais au départ, ça ne devait pas être un très gros rôle.

En 2001, Canal+ vous choisi pour le rôle d’Eikichi Onizuka, dans le manga « GTO »

(imitant Onizuka) "22 ans, célibataire, et libre comme l’air !" (rires) "Wahou, vous avez vu la bombasse ? A 16 ans elle a déjà deux obus de la Wehrmacht et un cul à rentrer des bananes" (grands rires). Ah, il est magnifique, ce rôle ! J’avais fait d’autres mangas avant, mais alors celui-là… Mais attention, il était fatiguant ! Oh putain, il m’a épuisé. A la fin de la journée, j’étais explosé. Mais extraordinaire, cet Onizuka. Et franchement, je sais qu’on dit « Ouais, les VOST sont mieux », évidemment, mais je trouve que pour une VF, elle est pas si mauvaise que ça ! Moi, en tout cas, je me suis bien éclaté. Et j’essaye toujours de faire gaffe, dans les animés que je dirige, comme Mai-Hime, Witch Hunter Robin… J’essaye toujours de faire des bonnes VF, de respecter l’amateur de mangas, vraiment, je respecte beaucoup le manga. Alors après, on peut dire « Ouais, je voyais pas la voix de machin comme ça », mais le jeu, bah j’y suis allé, quoi ! J’ai donné a mort !

Après, on vous a contacté pour de nombreux mangas… Pourquoi ce domaine est devenu « votre » domaine ?

Les mangas, c’est une source d’énergie ! Souvent, c’est des voix assez jeunes, assez dynamiques ! Du coup, faut pousser, quoi ! On peut pas se reposer, sur un manga. Déjà, en syncro, faut toujours être un peu au dessus de ce qu’on entend, mais en manga, c’est encore plus vrai. Et moi, je crois être tombé dans une grande marmite de cocaïne quand j’étais petit, et je me mets en énergie très vite ! (rires) Et c’est sans doute une des raisons qui fait que je bosse beaucoup dans les mangas.

Avez-vous des personnages « chouchous » ?

Ouais : Les grands malades mentaux ! Les barjos, les névrosés… Et je suis comblé, parce que Brian Krause fait un beau virage en ce moment; dans Charmed, il était toujours très sage, et ça m’énervait un peu… Et là, il fait plein de téléfilms où il devient barjo !

Avez-vous déjà doublé des hentaï ? (ndlr: manga et anime à caractère pornographique)

Non jamais. Mais il faut faire gaffe, parce que des fois, quand on souhaite t’engager, les directeurs de plateau te montrent des scènes de paroles, et peut-être que derrière, il y a des scènes un peu chaudes, dont il n’a pas parlé… Mais moi, pour l’instant, ça ne m’est jamais arrivé.

Est-ce qu’il y a une grande différence entre doubler une série et doubler un film ?

Pour un film, on a plus de temps. Donc on regarde les VO avec attention, on prend plus de temps pour s’investir…

Préférez vous doubler des comédiens où des personnages animés ?

Hummm… Les deux !

Est-ce que vous regrettez d’être méconnu, malgré votre grande implication dans la télévision, le cinéma…

Aucune frustration ! C’est un métier de l’ombre, mais en même temps qui nous apporte tellement de choses, on est tellement heureux… Un peu d’humilité, et puis merde ! C’est qu’une voix qu’on donne, c’est rien…

Certains films font appel à des « stars » (Cauet, Lorie), pour des films, même s’ils n’ont aucune expérience… Votre avis sur la question ?

Lorie, à ce qui paraît, c’est une bonne comédienne ! Maintenant, un animateur télé, par exemple, j’ai plus de mal. Cauet, par exemple, qui n’a pas pu finir Garfield… Vous ne le savez pas, mais Cauet n’a pas terminé le film, on a dû le remplacer. Voilà, chacun son business. Le doublage, c’est des vrais comédiens. Depardieu dans Chicken Run, par exemple, ça va, parce que c’est un comédien !

Où pourra-t-on prochainement vous voir où vous entendre ?

Alors, notez bien Philadelphia sur Canal+, super série ! Sur TF1, « Les Toqués 2 ».

Est-ce que vous avez des conseils à donner aux gens qui voudraient faire votre métier ?

Déjà, commencez par faire une formation de comédien, pour avoir une légitimité. Et puis, de la comédie, vous serez naturellement dirigés vers le doublage, la pub, etc… Venir sur la capitale, c’est un peu obligé, car les studios y sont, mais commencez par le théâtre.

Et bien, merci beaucoup, Benoit Dupac ! Une petite conclusion ?

D’abord, bravo à vous deux, d’être venu jusqu’ici, vous êtes vraiment très sympas. Et puis ensuite : Éclatez vous, faites ce qui vous plait vraiment, les murs, essayez de les contourner, et amusez vous dans ce que vous faites, ne prenez jamais tout au sérieux, y a rien de vraiment insurmontable.

Merci beaucoup, Benoit !

Misterfox et Paxel

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Benoît Dupac, pendant l'interview, en pleine partie de poker...
Photo de Benoît Dupac